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lundi 27 janvier 2014

Participation d'Eolia

Posted by Elle On 09:17 1 commentaire
Cérémonie

Pour elle, tout était parfait. Les fleurs blanches et roses dégageaient un parfum si doux, et l’arrangement choisi par sa cousine fleuriste mettaient la chapelle en valeur, sans toutefois être trop présentes. Le soleil dardait ses rayons à travers les vitres et réchauffait les épaules, illuminant les livres de cantique qui étaient déposés sur les bancs, prêts à être utilisés par l’assemblée pour chanter ses hymnes favoris. L’organiste, la pianiste et quelques autres musiciens avaient une discrète dernière répétition dans le coin gauche de l’estrade, tandis que sur la droite l’évêque et ses conseillers accueillaient les nouveaux arrivants.
Julianne observa quelques minutes la salle depuis l’entrée de service, sans que personne ne s’aperçoive de sa présence, puis se décida à rejoindre la pièce attenante où sa sœur Sarah finissait d’habiller et de coiffer Léon. Dans son beau costume tout neuf, il était magnifique. Elle eut l’impression d’être ramenée au jour de leur rencontre, un soir d’été dans le jardin du Luxembourg.
Il marchait d’un pas pressé, sûr d’arriver en retard pour assister à la Première d’une pièce de théâtre à l’Odéon, quand il avait trébuché sur le trépied de son appareil photo. Il n’y avait pas eu de dégâts matériels. Juste un jeune homme rougissant et une jeune fille timide qui n’osaient se parler ni se quitter des yeux. Il l’avait aidé à ranger son matériel de photographe et l’avait complimenté sur le choix de celui-ci. Julianne avait découvert que le bel inconnu était aussi photographe, mais simple amateur alors qu’elle était déjà une professionnelle. Son prénom l’avait fait rire. Elle avait toujours associé Léon à « lion » et l’homme aux cheveux blonds-roux et bouclés, avec ses lunettes carrées, lui apparaissait plutôt comme un cocker que comme le seigneur de la savane.
De rendez-vous en balades, ils avaient commencé un album commun, et un projet d’exposition conjointe était également né. Le dernier jour, alors que la galerie se vidait de ses derniers visiteurs, Léon avait donné une photo à Julianne. Dessus, deux mannequins dans une vitrine : un costume gris clair et une robe de mariée blanche en dentelle et soie. Elle avait pris son appareil photo, avait écrit sur une feuille qui trainait « Oui » et puis avait pris un cliché. Le mariage fut fixé pour l’anniversaire de leur date de rencontre.
Un bruit sourd tira Julianne hors de ses souvenirs. Un petit garçon venait de refermer assez brutalement un piano dans une des salles voisines. Laissant Léon et Sarah à leur discussion, Julianne décida de se promener dans les couloirs au milieu de ses amis. Elle vit du coin de l’œil le petit Gabriel, près du piano, se faire sermonner par sa mère. Ah, comme elle était heureuse de ne pas avoir d’enfants aussi énergiques que celui-là.
Un peu plus loin, elle croisa ses deux conseillères. Etre Présidente des Jeunes Filles de sa paroisse n’était pas de tout repos, mais elle n’aurait refusé son appel pour rien au monde. Pouvoir partager ses connaissances avec ces adolescentes, les faire rire lors d’activités, les aider dans ces années si difficiles où les choix qu’elles doivent prendre ont tant d’importance pour leur avenir, tout cela (et bien d’autres choses encore) étaient une merveilleuse opportunité pour elle de s’améliorer et de se découvrir des talents. Si à 14 ans sa mère lui avait dit qu’elle apprendrait un jour le crochet, elle aurait certainement levé les yeux au ciel. Et pourtant, pour une brunette aux yeux verts qui voulait absolument confectionner des habits pour les futurs bébés de ses sœurs et belles-sœurs, elle s’y était mise. Toutes les deux, elles avaient travaillé et au bout de trois mois, elles avaient pu fièrement présenter au reste de la classe leur première paire de chaussons. Depuis, Clarisse et elle étaient surnommées les « Crocheteuses ». Pas une seule naissance sans une de leurs créations !
En parlant de Clarisse, où pouvait-elle bien être ? Elle ne l’avait pas vu parmi les musiciens. Pourtant elle devait jouer de la flûte traversière, c’était prévu ainsi ! Julianne hâta ses pas, à la recherche de sa jeune amie. Rien dans la salle de jeux au sous-sol, ni à l’étage, nulle trace de Clarisse dans le jardin ou sur le parking. Inquiète, Julianne repris la direction de la chapelle.
Lorsqu’elle entra dans la salle principale, elle s’aperçu que la cérémonie allait commencer. Léon était au premier rang, assis à côté de Sarah. Clarisse était au pupitre, prête à jouer le morceau qu’elles avaient tant de foi interprété ensemble. Dès les premières notes, les proches de Julianne se saisirent de mouchoirs. Clarisse retenait difficilement ses larmes. Heureusement pour elle, la pianiste avait pris le relais pour deux couplets. Le morceau fini, Clarisse s’approcha du micro et s’adressa à l’assemblée :
« Avant de laisser la parole à Carole Periaux pour la prière d’ouverture, je souhaitais préciser que je ne jouerais plus jamais le cantique Je rencontrais sur mon chemin. Julianne et moi l’avons appris ensemble, joué ensemble et maintenant, il m’est impossible de souffler ces notes-là dans ma flûte sans elle à mes côtés. Elle m’a aidé lorsque j’étais perdue dans les méandres de mon adolescence, elle m’a encouragé à ne pas baisser les bras, à développer mon potentiel de Fille de Dieu… Elle a été une seconde mère pour moi qui ait perdu la mienne très jeune. Cette cérémonie est pour elle et pour chacun d’entre nous afin de garder à jamais sa bonté et son charisme dans nos cœurs. Merci. »
Les larmes qui coulaient sur les joues de Julianne se mêlaient au sourire resplendissant qu’elle adressait à la jeune femme. Elle était si fière d’elle, de la femme studieuse, douce, endurante et sensible qu’elle était devenue. Non, elle n’était pas sa mère, d’ailleurs la différence d’âge n’était pas assez grande pour qu’elle le soit. Mais le lien qui les unissait s’y apparentait pourtant. Un grand avenir s’ouvrait devant elle et elle savait que Dieu rendrait ses pas fermes et sa main tendre pour avancer sur le chemin qu’elle avait choisi. Oui, intégrer un prestigieux orchestre allait être une grande bénédiction pour elle et pour tous ceux qui allaient découvrir son talent.
Perdue dans ses pensées, elle n’entendit même pas son amie Carole prier, ni même l’évêque adresser un discours. Ses yeux se posèrent sur le nouvel orateur : son ami Patrick, son confrère de reportages, son soutien dans les moments de doutes professionnels, celui qui avait mis six ans à admettre que les sentiments qu’il éprouvait pour la sœur de sa meilleure amie étaient plus que amicaux… Pfu ! Mais quels empotés ces deux-là, en y songeant ! La voix tremblante de Patrick narrait les bons moments qu’ils avaient passés ensemble et sa reconnaissance pour cette petite boule d’énergie à la timidité maladive, qui avait su surmonter ses frayeurs pour évoluer et devenir une femme respectée dans le monde du journalisme et de la photographie. Il montra un portrait de Sarah et lui que Julianne avait réalisé lors de leur mariage, trois ans plus tôt. Il expliqua combien cette photo lui était précieuse, car avant elle, il n’avait jamais su être à son avantage sur un cliché. Pour un photographe, c’était tout de même rageant… Julianne gloussa à la mention de ce trait particulier de son ami.
L’orchestre joua Tu éclaires le chemin, deux autres proches de Julianne adressèrent quelques mots puis vint enfin le tour de Léon. Digne, serein, il ne dérogea pas à sa règle de conduite pour tous ses discours : « Droit au but, droit au coeur ».
« Julianne était, est, et sera toujours mon rayon de soleil et de lune. Son sourire et sa joie de vivre illuminaient mes jours. Sa tendresse et sa ténacité m’ont évité bien des nuits de déprimes lorsque mes problèmes de santé ont commencé. Je pensais partir avant elle. Encore une fois, elle a été plus espiègle que moi. Je n’ai aucuns doutes qu’elle se trouve près de Notre Père Céleste, à nous encourager à aller de l’avant et à continuer nos vies. Je ne sais pas quand je pourrai, quand nous pourrons, la revoir de nouveau. Peu importe la date, nous nous devons de poursuivre notre chemin et préserver l’héritage qu’elle nous a légué : son œuvre de photographe, sa générosité, et son témoignage de l’Evangile. Nous étions un couple « bien dans sa vie » au début de notre mariage, et depuis notre rencontre avec l’Evangile de Jésus-Christ, nous avons été un couple heureux et ce, malgré les épreuves traversées. Elle a été la première à vouloir se convertir, et comme elle avait toujours raison (même si j’avais beaucoup de difficultés à le reconnaitre), j’ai vite suivi. Nous n’avons jamais regretté notre décision. Aujourd’hui, je peux le dire avec encore plus de certitude : Dieu m’a bénit bien plus que je ne l’aurais imaginé, en me permettant de rencontrer Julianne et d’avoir vécu à ses côtés pendant seize merveilleuses années. »
Léon baissa les yeux vers le cercueil de merisier qui contenait son épouse. « A bientôt mon Amour. Fais preuve de patience, tu sais combien j’ai tendance à être en retard pour tous les grands évènements de ma vie. » Julianne sourit, amusée. Né dix jours après terme, un quart d’heure de retard le jour de l’oral du bac de français, de même que le jour de notre rencontre, sans oublier le mariage où l’adjointe du maire était passablement agacée d’avoir dû chambouler l’ordre des mariages parce que tu étais coincé dans les embouteillages… Ah, ça, tu n’en rates pas une… sauf aujourd’hui. Tu as été ponctuel. Tu as fait des efforts pour être à cheval sur les horaires comme je le suis. Merci mon amour…
Il regarda à nouveau la foule : « Merci d’être venus pour rendre un dernier hommage à ma bien-aimée Julianne. Puisse Dieu nous aider à garder son souvenir intact dans nos mémoires et nos cœurs. »
A pas feutrés, Julianne s’avança jusqu’au banc où était assise sa sœur. Elle lui chuchota à l’oreille « Je serais toujours là petite sœur. Nous nous reverrons un jour, comme nous nous l’étions promis. Je t’aime. » Puis elle lui effleura la joue. Sarah étouffa un sanglot et porta sa main à son visage. Patrick la pris dans ses bras pour la réconforter.
« Chéri, elle est là. Elle m’a dit au-revoir ! » Un sourire mouillé se dessinait sur ses lèvres. Mais Julianne ne l’entendait déjà plus. Son temps était écoulé. La cérémonie était finie, elle savait que les secondes étaient comptées avant de retourner dans la douce atmosphère des cieux. Elle se planta devant Léon, imperturbable malgré les personnes qui passaient au travers d’elle, frissonnant à son contact sans savoir pourquoi. Sa main gauche caressa ses cheveux tandis que la droite se posa sur son costume, juste au-dessus du cœur. Il retint son souffle, puis murmura, les yeux dans le vague : « Julianne ? » Sur la pointe des pieds, elle déposa un baiser sur ses lèvres. « A bientôt mon Lion adoré » murmura-t-elle au creux de son oreille. Une larme coula le long de la joue de son époux, il l’avait entendu.

Se sentant partir, elle se tourna vers la salle. Une main sur son cercueil, elle poussa un soupir de soulagement. La vie allait reprendre pour sa famille et ses amis. Léon la rejoindrait dans peu de temps selon ses sources (les plus fiables qui soient !) et ils pourraient continuer leur histoire pour l’éternité. Oui, en cet instant, c’était certain. Pour elle, tout était parfait.

1 commentaire:

  1. J'ai beaucoup aimé le parallèle fait. C'était habile.

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